Règles à suivre en cas de maladie pour les personnes diabétiques : insuline, hydratation et contrôle des cétones
- déc., 25 2025
- 9 Commentaires
- Gaspard Delaunay
Quand vous êtes malade, votre corps ne fonctionne pas comme d’habitude. Même un simple rhume peut faire monter votre glycémie à des niveaux dangereux, surtout si vous avez un diabète de type 1. C’est ici que les règles en cas de maladie entrent en jeu. Elles ne sont pas une suggestion : ce sont des protocoles médicaux éprouvés pour éviter une urgence comme la cétose diabétique, une complication potentiellement mortelle. En France, comme ailleurs, de nombreuses hospitalisations liées au diabète pourraient être évitées si les patients suivaient ces règles simples, mais cruciales.
Ne jamais arrêter l’insuline, même si vous ne mangez pas
Beaucoup pensent que, comme ils ne mangent pas pendant une maladie, ils n’ont pas besoin d’insuline. C’est une erreur grave. Même quand vous êtes malade et que vous ne mangez rien, votre foie continue de produire du glucose. En même temps, votre corps libère des hormones de stress - comme le cortisol et l’adrénaline - qui rendent vos cellules résistantes à l’insuline. Résultat : votre glycémie monte, même sans nourriture.Si vous prenez une insuline de fond (Lantus, Levemir, Basaglar), vous devez la continuer, sans exception. La plupart des patients doivent même augmenter leur dose de fond de 10 à 20 % pendant 12 à 24 heures. Pour les utilisateurs de pompe à insuline, cela signifie activer un taux basal temporaire +20 %. Pour ceux qui utilisent des injections multiples par jour, ajoutez 10 à 20 % de votre dose habituelle de fond. Ne réduisez jamais votre insuline de fond à moins de 80 % de votre dose normale, même si vous vomissez. L’Association Américaine du Diabète (ADA) et la Fédération Internationale du Diabète (IDF) insistent sur ce point : arrêter l’insuline pendant une maladie est la cause principale de la cétose diabétique.
Hydratez-vous, mais avec les bons liquides
L’hydratation est aussi importante que l’insuline. Quand votre glycémie est élevée, votre corps essaye d’éliminer l’excès de sucre par l’urine. Cela vous déshydrate rapidement. Sans assez de liquides, vos reins ne peuvent plus filtrer les cétones, et le risque de cétose diabétique augmente.La règle simple : buvez 6 à 8 onces (environ 180 à 240 ml) toutes les heures. Si vous êtes enfant, utilisez la règle « âge en onces » : un enfant de 10 ans doit boire 10 onces par heure. Mais attention : ce n’est pas n’importe quel liquide. Le choix dépend de votre glycémie :
- Si votre glycémie est < 100 mg/dL : buvez des boissons sucrées (jus, soda classique, sirop de glucose) pour éviter l’hypoglycémie.
- Si votre glycémie est entre 100 et 180 mg/dL : alternez entre eau et boissons sucrées (par exemple, 4 oz d’eau + 4 oz de Gatorade).
- Si votre glycémie est > 180 mg/dL : buvez uniquement des boissons sans sucre (eau, thé sans sucre, bouillon).
Évitez les boissons alcoolisées ou celles contenant du sirop de maïs à haute teneur en fructose. Même les sirops contre la toux peuvent contenir du sucre caché. Vérifiez toujours les étiquettes. Si vous vomissez et ne pouvez pas garder les liquides plus de 4 heures, appelez votre médecin ou allez aux urgences. Vous pourriez avoir besoin d’une perfusion.
Contrôlez vos cétones - et savez-vous comment bien le faire ?
Les cétones sont des acides produits quand votre corps brûle des graisses au lieu de glucose. C’est normal pendant un jeûne, mais pas quand vous avez un diabète mal contrôlé. Des cétones élevées pendant une maladie sont un signal d’alarme : vous êtes en voie de cétose diabétique.Testez vos cétones dès que votre glycémie dépasse 240 mg/dL (ou 300 mg/dL sur deux contrôles consécutifs). Mais attention : les bandelettes urinaires ne sont plus la référence. Les appareils de mesure des cétones dans le sang (comme les lecteurs Keto-Mojo ou FreeStyle Precision) sont bien plus précis. Les bandelettes urinaires peuvent donner des résultats faux - surtout si vous êtes déshydraté. Elles montrent ce qui s’est passé il y a plusieurs heures, pas ce qui se passe maintenant.
Voici ce que signifient les résultats :
- < 0,6 mmol/L : normal, pas d’inquiétude.
- 0,6 à 1,5 mmol/L : cétones modérées. Augmentez votre hydratation, vérifiez votre glycémie toutes les 2 heures, et considérez une augmentation de 10 à 20 % de votre insuline de fond.
- > 1,5 mmol/L : cétones élevées. C’est une urgence. Changez votre site d’insuline si vous utilisez une pompe (un blocage peut être la cause). Prenez une dose d’insuline corrective. Appelez votre médecin immédiatement si ça ne baisse pas après 2 heures.
Un patient sur deux pense que « pas de cétones = pas de problème ». C’est faux. Les cétones peuvent monter très vite, surtout avec une infection virale comme la grippe ou le RSV, qui augmente la résistance à l’insuline de 37 % par rapport aux infections bactériennes.
Différences entre diabète de type 1 et type 2
Les règles ne sont pas les mêmes pour tout le monde. Si vous avez un diabète de type 1, vous êtes en danger constant de cétose si vous arrêtez l’insuline. Vous devez donc suivre les règles à la lettre.Si vous avez un diabète de type 2 et que vous prenez des comprimés uniquement, vous n’avez pas besoin de contrôler les cétones sauf si votre glycémie dépasse 240 mg/dL pendant plus de 24 heures. Mais si vous prenez de l’insuline - même une seule injection par jour - vous devez suivre les mêmes règles que les diabétiques de type 1. Beaucoup de patients de type 2 ignorent cela. Un étude de 2021 a montré que 38 % des hospitalisations pour cétose chez les diabétiques de type 2 concernaient des patients qui pensaient qu’ils n’étaient « pas vraiment diabétiques » parce qu’ils ne prenaient pas d’insuline tous les jours.
Les objectifs de glycémie changent aussi. Pendant une maladie, il est normal que votre glycémie soit plus élevée. Pour les adultes, visez entre 110 et 180 mg/dL. Ne cherchez pas à atteindre vos objectifs normaux (comme 80-130 mg/dL). Cela augmente le risque d’hypoglycémie, surtout si vous ne mangez pas.
Préparez votre trousse d’urgence
Ne commencez pas à chercher vos fournitures quand vous êtes malade. Préparez une trousse avant. Elle doit contenir :- Des bandelettes de contrôle des cétones dans le sang (vérifiez la date d’expiration - les bandelettes ouvertes perdent leur efficacité après 6 mois)
- Un lecteur de cétones fonctionnel
- Un thermomètre
- Un carnet de suivi : notez votre glycémie, vos cétones, vos doses d’insuline, et ce que vous avez mangé/bu
- Des boissons sucrées et sans sucre (petits paquets de jus, bouteilles d’eau, bouillon)
- Un stock d’insuline pour 7 jours
- Un verre doseur de 8 onces pour mesurer vos liquides
Conservez cette trousse dans un endroit facile d’accès. Beaucoup de patients ne la préparent qu’après une hospitalisation. Ce n’est pas une bonne idée. Une étude montre que les patients qui ont une trousse prête ont 52 % moins de risques d’être hospitalisés pendant une maladie.
Quand appeler un médecin
Vous n’avez pas besoin d’attendre d’être en urgence. Appelez votre médecin si :- Votre glycémie dépasse 300 mg/dL pendant plus de 6 heures
- Vos cétones sont > 1,5 mmol/L et ne baissent pas après 2 heures d’insuline corrective
- Vous vomissez ou avez de la diarrhée depuis plus de 4 heures
- Vous perdez plus de 2 kg en 24 heures
- Vous avez de la confusion, une respiration rapide ou une haleine qui sent les fruits (odeur d’acétone)
Les signes de cétose diabétique avancée sont graves : somnolence, respiration sifflante, douleurs abdominales, confusion. Si vous avez l’un de ces symptômes, allez aux urgences immédiatement. Ne perdez pas de temps à appeler votre médecin. La cétose diabétique peut tuer en moins de 24 heures.
Les erreurs les plus fréquentes
Les erreurs que je vois souvent dans les hôpitaux et sur les forums :- Arrêter l’insuline parce qu’on ne mange pas - c’est la cause numéro un de la cétose.
- Utiliser des bandelettes urinaires au lieu de sang - elles sont trop lentes et inexactes.
- Boire trop d’eau sans sucre quand la glycémie est basse - vous risquez une hypoglycémie sévère.
- Prendre des médicaments en vente libre sans vérifier leur teneur en sucre ou en alcool - certains sirops contiennent jusqu’à 10 g de sucre par cuillère.
- Attendre d’être très malade pour agir - les premières heures sont les plus importantes.
Un patient sur trois dit avoir reçu des conseils contradictoires de différents médecins. C’est pourquoi il faut se fier à des sources fiables : ADA, IDF, centres hospitaliers universitaires. Pas à Reddit, pas à votre voisin, pas à un médecin généraliste qui n’a pas suivi la formation spécifique.
Que faire si vous utilisez une pompe à insuline ou un système bouclé ?
Les systèmes bouclés (comme la MiniMed 780G ou le Omnipod 5) sont géniaux - mais ils ne sont pas conçus pour les maladies. Pendant une infection, ils peuvent réduire l’insuline automatiquement, ce qui est dangereux. Vous devez désactiver la fonction d’arrêt automatique et passer en mode manuel. Augmentez votre taux basal de 20 %, continuez à donner des corrections manuelles, et vérifiez vos cétones toutes les 2 heures. Les fabricants comme Medtronic et Tandem mettent à jour leurs manuels chaque année, mais beaucoup de patients ne les lisent jamais.Si vous avez un CGM (moniteur continu de glycémie), ne vous fiez pas seulement à vos chiffres. Un CGM peut être inexact pendant une maladie à cause de la déshydratation. Vérifiez toujours avec une mesure à l’aiguille si vous avez un doute.
Dois-je arrêter mon insuline si je ne mange pas pendant une maladie ?
Non, jamais. Même si vous ne mangez rien, votre corps continue de produire du glucose et de libérer des hormones qui augmentent votre glycémie. L’insuline de fond est essentielle pour empêcher la production de cétones. Arrêter l’insuline pendant une maladie est la cause la plus fréquente de cétose diabétique. Augmentez plutôt votre dose de 10 à 20 % si nécessaire.
Quelles boissons devrais-je boire quand je suis malade ?
Cela dépend de votre glycémie. Si elle est < 100 mg/dL : buvez des boissons sucrées (jus, soda classique). Si elle est entre 100 et 180 mg/dL : alternez eau et boissons sucrées (ex : 4 oz d’eau + 4 oz de Gatorade). Si elle est > 180 mg/dL : buvez uniquement des boissons sans sucre (eau, thé sans sucre, bouillon). Buvez 6 à 8 onces (180-240 ml) toutes les heures. Évitez les boissons alcoolisées et les sirops contenant du sucre caché.
Les bandelettes urinaires pour les cétones sont-elles fiables ?
Non, pas assez. Les bandelettes urinaires montrent les cétones qui ont été éliminées il y a plusieurs heures, pas celles qui sont présentes maintenant. Elles sont aussi moins précises si vous êtes déshydraté. Utilisez un lecteur de cétones dans le sang (comme Keto-Mojo ou FreeStyle Precision). Ce sont les seuls tests fiables pour décider si vous avez besoin d’agir immédiatement.
Quand dois-je aller aux urgences ?
Allez aux urgences si : votre glycémie dépasse 300 mg/dL pendant plus de 6 heures, vos cétones sont > 1,5 mmol/L et ne baissent pas après 2 heures d’insuline corrective, vous vomissez ou avez de la diarrhée depuis plus de 4 heures, vous perdez plus de 2 kg en 24 heures, ou vous avez de la confusion, une respiration rapide ou une haleine qui sent les fruits. Ce sont des signes de cétose diabétique avancée - une urgence médicale.
Puis-je utiliser des médicaments en vente libre pour un rhume ou une grippe ?
Oui, mais vérifiez toujours les ingrédients. Beaucoup de sirops contre la toux, de comprimés pour le nez bouché ou de gélules contiennent du sucre, du sirop de maïs ou de l’alcool - tout cela peut faire monter votre glycémie. Optez pour les versions « sans sucre » ou « sans alcool ». Si vous n’êtes pas sûr, demandez à votre pharmacien. Il est préférable de ne pas prendre de médicament que d’en prendre un qui vous met en danger.
Jérémy Dabel
décembre 27, 2025 AT 06:25Franchement j’ai cru que j’étais le seul à avoir arrêté mon insuline quand j’avais la grippe il y a 2 ans… j’ai fini à l’hôpital avec une cétose qui m’a laissé ko 3 jours. J’ai appris à mes dépens. Maintenant j’ai ma trousse prête, même si j’ai l’air d’un parano.
Guillaume Franssen
décembre 29, 2025 AT 04:16ATTENTION AUX SIROPS CONTRE LA TOUX !!!! J’ai vu un mec à l’urgence avec une glycémie à 580 parce qu’il a pris un sirop « naturel » qui contenait du sirop de maïs à haute teneur en fructose… il pensait que c’était « sain ». NON. C’EST DU SUCRE EN MASQUE. Vérifiez les étiquettes comme si votre vie en dépendait. Parce qu’elle en dépend.
Élaine Bégin
décembre 29, 2025 AT 15:53Oh mon dieu encore un article qui dit de pas arrêter l’insuline… comme si c’était une révélation. Toute personne qui a un diabète de type 1 depuis plus de 2 ans sait ça. Ce qui est vrai, c’est que les médecins généralistes, eux, ne le savent pas. J’ai eu un GP qui m’a dit de réduire mon Lantus quand j’étais malade. J’ai dû lui envoyer l’article de l’ADA pour qu’il arrête de me donner des conseils de merde.
Jean-François Bernet
décembre 30, 2025 AT 22:53Vous êtes tous trop doux. Les gens qui arrêtent leur insuline pendant une maladie, c’est pas juste de la négligence, c’est de la stupidité dangereuse. Et les bandelettes urinaires ? Seriez-vous encore en train d’utiliser un téléphone à clapet en 2025 ? C’est comme utiliser un abaque pour faire des calculs financiers. Le sang. Le sang. Le sang. Point.
Cassandra Hans
janvier 1, 2026 AT 12:43Je ne suis pas sûre que la règle « âge en onces » soit scientifiquement valide… Et pourquoi 6 à 8 onces ? Quelle étude soutient cette valeur ? J’ai lu une méta-analyse de 2022 qui recommande 1,5 ml/kg/h chez l’enfant… Et vous, vous parlez de « onces » comme si c’était une unité officielle. En France, on utilise le millilitre. C’est un problème de standardisation. Et puis… pourquoi ne pas mentionner les risques de surhydratation chez les patients âgés ?
Pauline Schaupp
janvier 1, 2026 AT 13:36La préparation d’une trousse d’urgence est essentielle, mais elle doit être personnalisée. Il ne suffit pas de mettre des bandelettes et de l’insuline dans un sac. Il faut aussi inclure une liste de contacts médicaux, une fiche médicale avec les doses habituelles, et une note écrite en gros caractères disant « NE PAS ARRÊTER L’INSULINE ». J’ai vu des patients en urgence qui ne savaient pas quelle dose ils prenaient. La documentation, c’est la vie.
Jean-Pierre Buttet
janvier 1, 2026 AT 22:17Je suis suisse, donc je vois souvent des Français qui croient que l’ADA est une autorité divine. En Suisse, on suit les recommandations de l’EASD. Et la règle des 10-20 % d’augmentation ? C’est une approximation. Il faut ajuster selon la cinétique de l’insuline, la gravité de l’infection, et le taux de cortisol. Mais bon, vous autres, vous aimez les règles simples. Moi, je préfère la complexité. C’est plus vrai.
Thomas Halbeisen
janvier 1, 2026 AT 23:45Je me demande si tout ça ne sert qu’à nous faire peur… On nous dit de ne jamais arrêter l’insuline, de contrôler les cétones toutes les deux heures, de boire des litres de liquide, de changer les sites de pompe… et si la vraie solution c’était… de ne pas tomber malade ? Juste une idée. La nature a ses rythmes. On est devenus des machines à surveiller. Peut-être qu’on devrait apprendre à vivre avec, pas à les combattre à chaque éternuement.
james albery
janvier 2, 2026 AT 17:27Le truc le plus fou ? Les gens qui disent « j’ai un diabète de type 2, je prends pas d’insuline, donc je suis à l’abri ». Faux. Même une seule injection de Lantus par jour = risque de cétose. J’ai vu un patient de 68 ans qui pensait qu’il n’était « pas vraiment diabétique » parce qu’il prenait un comprimé le matin. Il a fini en soins intensifs avec des cétones à 4,2 mmol/L. C’est pas du diabète, c’est un suicide lent.